Communication sur étude démo-génétique
Avec le retour du printemps, les ours bruns des Pyrénées s’apprêtent à sortir de leur hibernation. Le moment semble donc approprié pour vous présenter le dernier rapport annuel du Réseau Ours Brun (ROB), piloté par l’Office Français de la Biodiversité (OFB). Les dernières données indiquent une tendance générale à l'augmentation (+11,53 %), avec une population pyrénéenne totale (France, Espagne et Andorre) évaluée entre 109 et 143 individus en 2025.
Cependant, malgré un accroissement numérique, cette population reste fragilisée par des taux de consanguinité élevés : 90% des individus sont issus de deux femelles et un mâle. Ce petit nombre de fondateurs est à l’origine d’une taille efficace (nombre d’individus contribuant efficacement à l’avenir génétique de la population) très faible, estimée à 10 individus. Or, la communauté scientifique estime qu'un effectif efficace minimal de 50 individus est nécessaire pour garantir la pérennité d’une population. En effet, cette perte de diversité génétique peut conduire à une baisse de la survie et du succès reproducteur, compromettant la capacité d’adaptation de l’espèce face aux changements environnementaux. Le risque d’extinction est ainsi accru, même en période de croissance démographique. Il est donc important de comprendre quel est l’impact de cette consanguinité chez l’ours brun des Pyrénées.
C’est dans cet objectif que l’association Pays de l'Ours - Adet a confié au bureau d’études LDgenX [https://www.ldgenx.fr/] une expertise démo-génétique visant à évaluer l’impact de la consanguinité sur la démographie de l’ours brun des Pyrénées. Le modèle, s’appuyant sur 50 ans de suivi généalogique réalisé par l’OFB, montre que la population devrait atteindre la capacité d’accueil du territoire (estimée entre 400 et 500 individus) autour de 2040, et que sans intervention rapide, le taux de consanguinité devrait encore doubler d'ici là. Cette étude préconise l’introduction de 30 nouveaux individus (dont 70% de femelles) sur les dix prochaines années afin de stabiliser la consanguinité au taux actuel.
Par ailleurs, le Muséum national d'Histoire naturelle (MNHN), en collaboration avec l’OFB, mène actuellement une étude visant à évaluer plus précisément les effets de la consanguinité à l’échelle individuelle et populationnelle, en se basant sur les indices de suivi récoltés par le ROB. Le premier article scientifique, paru en 2025, révèle qu’un coefficient de consanguinité supérieur à 15% a déjà un impact négatif sur la taille des portées : alors qu’une femelle avec un coefficient de 15% donne naissance à une portée de 2,37 oursons en moyenne, ce chiffre chute à 1,56 oursons pour un taux de 30%. En 2024, plus de la moitié des femelles reproductrices présentaient un taux de consanguinité supérieur à 15%. Des effets sont également visibles sur la survie des oursons et la dispersion des subadultes, ce qui amplifie l’isolement génétique. Ces premiers résultats montrent qu’il faut rester prudent face à une croissance numérique qui peut sembler favorable au premier abord.
En partenariat avec divers acteurs, le GT ours de VPB œuvre à trouver des solutions durables, conciliant acceptation locale et sauvegarde de cette espèce aujourd’hui classée en danger critique d’extinction.
Pour plus d’informations :
o Rapport 2025 du ROB : https://ofb.gouv.fr/doc/ours-infos-2025-rapport-annuel
o L’étude démo-génétique de LDgenX : https://paysdelours.com/wp-content/uploads/2026/03/ours-pyrenees_2026-01_LDgenX_Rapport-analyses-Ours-DemoGenetique.pdf
o Le dossier d’expertise associé de POD : https://paysdelours.com/wp-content/uploads/2026/03/ours-pyrenees_2026-03_dossier_l-urgence-de-desamorcer-la-bombe-genetique_pays-de-l-ours.pdf
o Premier article de Léa Auclair rédigé dans le cadre de sa thèse doctorale encadrée par le MNHN et l’OFB : https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC12573716/