Chaque année en France, environ 1,7 million de renards, martres, fouines, belettes, corneilles, corbeaux freux, pies, geais et étourneaux sont tués. La plupart sont piégés ou abattus, d'autres sont extraits de leur terrier. L'objectif principal est de prévenir les dégâts aux exploitations agricoles, qu'il s'agisse des cultures ou des volailles. Ces dégâts sont bien réels pour les agriculteurs et les éleveurs qui les subissent. Pourtant, jusqu'à cette année, personne n'avait vérifié si la destruction de ces animaux réduisait réellement ces dégâts.

Ce dispositif porte le nom d'ESOD, pour « espèces susceptibles d'occasionner des dégâts ».

Cette semaine, décideurs et experts du climat et de la nature se réunissent à New York pour parler d'énergie, d'adaptation, d'électrification et d'environnement. Le dossier des ESOD peut sembler loin de ces débats, mais il ne l'est pas.

Le dispositif ESOD illustre un problème mis en évidence en 2024 par l'IPBES, la plateforme scientifique sur la biodiversité placée sous l'égide de l'ONU, qui a constaté que les États ont tendance à traiter la nature, l'alimentation, l'eau, la santé et le climat comme des questions séparées, produisant des politiques qui se contredisent, gaspillent l'argent public et entraînent des effets néfastes que personne n'avait voulus. En place depuis des décennies, le dispositif ESOD n'avait pourtant jamais été évalué avant cette année.

Chaque année, 1,7 million d'animaux sauvages sont tués en France pour limiter ou prévenir d’éventuels dommages aux activités humaines, à la santé publique ou à la biodiversité. Une étude montre que cela ne les réduit pas.

Ce que disent les données

La première évaluation a été publiée en mars 2026 par des chercheurs du Muséum national d'Histoire naturelle (MNHN), qui ont analysé sept années de données officielles sur les destructions et les dégâts déclarés. Ils n'ont trouvé aucun lien entre le nombre d'animaux tués et le niveau des dégâts déclarés, et ont constaté que réduire, voire arrêter, les destructions n'entraînait pas davantage de dégâts. Selon l'étude, les destructions n'ont même pas fait baisser le nombre de corvidés nicheurs au printemps suivant.

Les chercheurs ont également chiffré le coût de cette politique, qu'ils estiment entre 103 et 123 millions d'euros par an, soit plusieurs fois le montant des dégâts officiellement déclarés, compris entre 8 et 23 millions d'euros.

Ce que disent les experts publics

Ces résultats rejoignent les conclusions d'autres instances publiques. En février 2025, l'Inspection générale de l'environnement et du développement durable (IGEDD) a déconseillé de reconduire la liste triennale des ESOD à son expiration en 2026, recommandant plutôt de mettre ce délai à profit pour expérimenter une gestion collégiale dans quelques départements. En novembre de la même année, l'Académie vétérinaire de France a appelé à une refonte méthodologique et éthique de l'évaluation et de la gestion des dommages liés à la faune sauvage.

La liste a néanmoins été renouvelée en août 2026, jusqu'en 2029, et le renard est désormais classé dans 91 départements.

Pourquoi les vétérinaires sont concernés

Pour les vétérinaires, l'enjeu dépasse la question du coût. La profession travaille à la croisée de la santé animale, de la santé humaine et de celle des écosystèmes, une approche appelée « Une seule santé » (One Health), selon laquelle aucune partie du vivant ne peut être gérée indépendamment du reste. Or les décisions sur les animaux à détruire au titre des ESOD sont prises sans mesurer leurs effets sur la biodiversité, sur les écosystèmes auxquels ces espèces appartiennent, ni sur des territoires déjà fragilisés par le changement climatique.

« En tant que vétérinaires, nous ne continuerions jamais à prescrire un traitement dont l'efficacité n'a jamais été démontrée. C'est pourtant ainsi que la France gère ces espèces depuis des décennies. Aujourd'hui, les données existent, et elles montrent que le traitement ne fonctionne pas. Nous ne demandons pas un résultat en particulier. Nous demandons que les décisions s’appuient sur des preuves », souligne Alain Moussu, fondateur et président de VPB.

Ce que nous demandons

VPB ne réclame pas un résultat en particulier, mais une méthode plus solide. Cela suppose d'évaluer chaque classement à l'aune des données avant de le reconduire, de donner la priorité à la prévention non létale, qu'il s'agisse de la protection des semences, des dispositifs d'effarouchement ou de l'adaptation des exploitations, construite avec les agriculteurs et les éleveurs, et de s'appuyer sur une expertise scientifique indépendante au moment de décider. L'IGEDD a déjà proposé une approche alternative, et VPB estime qu'elle mérite d'être mise à l'essai.

Rejoignez le réseau des sympathisants de VPB pour :

  • recevoir des informations sur nos actions ;

  • soutenir les actions en préparation.

https://docs.google.com/forms/d/e/1FAIpQLSdtwlaCD4-PJBvmx5OT_44cn77N67oui0i6xevr1cnQDetqYg/viewform